ACTUALITE DE L'UPEG:

Une nouvelle tribune est disponible sur http://upeg.eu/menu-styles/la-tribune-de-lupeg

Trois nouvelles notes autour de l'actualité européenne brulante :

Migrants, réfugiés et Union européenne : mais de qui se moque-t-on ? Cliquez ici

L’Union européenne face au défi de l’immigration Cliquez ici

Helmut Schmidt (23 décembre 1918, Hambourg - 10 novembre 2015, Hambourg) Cliquez ici

Trois nouveaux cours sur l'Europe :

Les frontières de l'Union européenne européenne. Cliquez ici

La circulation des ressortissants européens. Cliquez ici 

La circulation des ressortissants des Etats tiers. Cliquez ici


Notre École dans la crise

 

L’un des enseignements de l’actuelle crise des réfugiés : ces derniers ne veulent pas particulièrement venir en France. Quand des dizaines de milliers d’entre eux arrivaient début septembre  à la gare de Munich, notre gouvernement, qui était disposé à en accueillir quelques-uns, a dû dépêcher en Allemagne des fonctionnaires de l’OFPRA pour les convaincre de venir chez nous, sans grand succès semble-t-il. Cela en dit long sur le prestige actuel de notre pays. Il est cependant encore plus douloureux de constater que ce sont nos élites mêmes qui ont perdu toute confiance en l’avenir de notre nation. Comment comprendre autrement l’état de notre École ? Entrons un peu dans le cœur du sujet.

En 2012-2013, le gouvernement annonçait une « refondation » de l’école. On voulait par exemple attirer les nouvelles générations vers les métiers de l’enseignement. D’où la création d’un dispositif à la fois chiche, compliqué et naïf : réservés au seuls boursiers, les « Emplois d’avenir professeur » [EAP] ont été un échec. Il furent purement et simplement supprimés à la fin du mois de juillet 2015, par simple message aux candidats qui avaient été retenus. Quelques mois plus tard, les EAP renaissent, sous une autre forme : il s’agit désormais d’ « étudiants apprentis professeurs ». S’il est mal annoncé, le dispositif est cette fois-ci un peu mieux cadré, ouvert aux étudiants non-boursiers, et limité à quatre disciplines où les besoins sont les plus criants : le français, l’anglais, l’allemand et les mathématiques. Nouvelles candidatures, pas très nombreuses mais parfois de qualité. Et voici que le ministère s’aperçoit que la chose n’est pas faisable, car ni les universités, ni les rectorats ne sont habilités à recruter des « apprentis ». Exit les EAP 2ème version, à nouveau par notification directe aux intéressés. On voit qu’il y a loin des rodomontades sur la Refondation de l’Ecole à la réalité plus prosaïque du terrain.

Pendant ce temps, la détérioration des conditions financières, matérielles et psychiques du métier continue :  un métier, qui devrait être l’un des plus valorisants, mais qui est devenu pour une jeunesse pourtant confrontée au chômage de masse un véritable repoussoir. Dans certaines disciplines, le nombre des postes proposés aux concours est supérieur à celui des candidats sérieux, situation totalement inédite. Le métier qui attirait traditionnellement les meilleur(e)s étudiant(e)s a perdu toute attractivité. Bien entendu, certains domaines restent encore relativement à l’abri : Paris et les centres des grandes villes, les établissements de prestige, parfois privés où se concentrent les élèves des classes favorisées, qui en général n’ont guère de crainte pour leur avenir, et les professeurs sélectionnés qui sont heureux de former cette élite autoreproductrice.

On est obligé de constater la même tendance en ce qui concerne l’enseignement des langues vivantes. Ce qui est ici à nouveau difficile à comprendre et même à supporter, c’est le déni de réalité de nos gouvernants et de leurs services. Ce déni, relayé par la voie hiérarchique et par une presse majoritairement indifférente, voilent une réalité des plus inquiétantes pour  l’avenir de notre pays et pour sa place en Europe et dans le monde. Selon une étude récente de l’Union Européenne (juin 2012[1]), la France est le plus mauvais élève de l’Europe en anglais. En 2e langue vivante, la France occupait alors une place plus élevée, devançant cinq pays, la Suède étant avec la Grande Bretagne la dernière. Cela va se détériorer,  n’en doutons pas. En effet, pour renforcer les LV2, les gouvernements français avaient mis en place deux dispositifs : les sections européennes imaginées en 1992 par Jack Lang, ministre de l’Education nationale, et les classes bilangues, créées en 2005 par François Fillon. Les premières signifiaient l’enseignement d’une langue vivante renforcée de 2h/semaine en 4e et en 3e pour les élèves volontaires, les secondes 3h de cours par semaine dans l’autre langue que l’anglais (le plus souvent l’allemand), c’est-à-dire 12h de la 6e à la 3e. Les deux dispositifs sont désormais supprimés (sections européennes) ou sérieusement réduits (80% dans notre Académie, 95% dans celle de Caen).

Dans le Dauphiné Libéré du 29 janvier 2016, la rectrice de l’Académie de Grenoble affirme cependant que « nous allons passer… de 51 à 112 classes bilangues ». Ce que Mme Schmidt-Laîné appelle ici les « nouvelles classes bilangues » ce sont en réalité les nouvelles « langues vivantes 2 », soit à partir de la 5e 2h30 par semaine. Il faudra enlever les nouveaux bricolages appelés EPI ou AP qui sont prélevés sur ce maigre enseignement disciplinaire. Ce bricolage n’a rien à voir avec les vraies classes bilangues. Cela représente même un grave recul par rapport à ce dispositif accessible depuis 2005 aux enfants de tous les milieux dans tout le territoire de notre département. Nos élites parisiennes ne s’y sont pas trompées puisqu’à Paris 100% des « vraies » classes bilangues sont maintenues. Dans le pays voironnais – pour prendre un exemple – c’est le massacre. Est-ce ainsi que l’on met en place la  « lutte contre les inégalités sociales » qu’évoque publiquement la rectrice-chancelière des universités de notre académie ?

La crise des vocations d’enseignants, qui ne fait que traduire une crise structurelle du métier (sous-payé, difficile, mal considéré), la prévisible baisse de niveau en langues vivantes, sans doute encore plus grave que le lent mais inexorable décrochage général que constatent les études PISA[2] d’un côté, et de l’autre le visible isolement de notre pays et de ses dirigeants au sein même des institutions internationales, son incapacité à renouer avec la fonction dynamique qu’il eut aux temps des De Gaulle, des Giscard d’Estaing et du couple Mitterrand-Delors, tous ces phénomènes ne peuvent que nous inquiéter. Et pourtant, une belle jeunesse, des comités de jumelage actifs et généreux, une population cultivée, des enseignants dévoués jusqu’au sacrifice (et que leur ministre tourne en dérision en commandant des clips sur le harcèlement moral à l’Ecole qui confinent à l’ignominie), une société ouverte et intelligente (mais que l’on prive soigneusement d’informations), il y a tant de raisons d’espérer : on souhaiterait que les responsables politiques mesurent les enjeux et puissent se ressaisir en conséquence – ou, plus exactement, que la société française choisisse des femmes et des hommes politiques dignes d’elle !

 

François Genton.

Professeur des universités

Université Grenoble Alpes

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.       



[1] http://ec.europa.eu/languages/library/studies/executive-summary-eslc_fr.pdf

[2] Ces études comparent le niveau général (en langue maternelle et en mathématiques) des enfants de 15 ans. La France est passée maintenant en-dessous de la moyenne générale.

Normal 0 21 false false false FR X-NONE X-NONE

Rencontre à venir

L’Europe et la Turquie, enjeux d'une relation complexe

10 février 2016 de 19h30 à 21h30 

Par Jean Marcou, spécialiste de la Turquie, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble et ancien directeur de l'Institut Français d'Etudes Anatoliennes à Istanbul

Lieu : vous sera prochainement communiqué

Conférence est organisée en partenariat avec la Ville de Grenoble et la Chaire Jean Monnet de Sciences Po Grenoble

Home

L'UPEG, une ambition

Russie00004

L'ambition de l'Université populaire européenne de Grenoble (association loi 1901) est de faire connaître l'Union européenne pour mieux la comprendre. Elle se propose d'informer de manière régulière sur les enjeux et les réalisation de l'Europe.

L'UPEG, une équipe

equipe upeg

 L'Université populaire européenne de Grenoble est animée par une équipe pluridisciplinaire d'universitaires d'horizons multiples, de journalistes et de ceux qui sont réunis autour d'une passion: faire découvrir l'Europe. Pour plus d'informations sur les membres, cliquez ici:

Un mot de bienvenue sur le site du Président de l'UPEG, Henri Oberdorff

Nos partenariats

Partenariats

Nos interviews

microphone

La première série d'interviews sur le thème "Votre rêve de l'Europe" est disponible dans la rubrique "Ressources". Dans la liste: Michel Foucher, Jacques Rupnik, Pierre Veluise, Jean-Louis Quermonne, Ely Ould-Mohammed Vall, Sylvie Guillaume, etc.

Nos notes de lectures

livre

Un recueil de 15 notes de lecture des ouvrages récents sur l'Europe est disponible dans la rubrique "Ressources". Dans la liste: "L'Europe et l'avenir du monde" de M.Foucher, "Le temps des chimères" d'Hubert Vedrine, etc.

Nos cours sur l'Europe

cours non classes

L'UPEG a lancé une nouvelle initiative: cours sur l'Europe. De courtes interventions (premières de la série) des spécialistes en questions européennes sur les institutions, les politiques et l'actualité européennes sont disponibles dans la rubrique "Ressources".

Joomla templates by Joomlashine