HomeRessourcesKiosque de l'UPEGNotes 2009-2010Sortir de la crise, Comment l’Europe peut sauver le monde, Guy Verhofstadt

Sortir de la crise, Comment l’Europe peut sauver le monde, Guy Verhofstadt, 2009

Sortir de la crise-COUV1reOK Guy Verhofstadt, Sortir de la crise, Comment l’Europe peut sauver le monde, André Versaille éditeur, Actes Sud, 2009, 253 p.

L’auteur de ce livre s’est fait connaître, ces dernières années à la fois sur le plan politique dans son pays, comme premier ministre de la Belgique de 1999 à 2008 et aussi par son implication pour la cause européenne par un autre petit livre consacré aux Etats-Unis d’Europe. Ce livre précédent a été récompensé par le prix du livre européen. Au sein du Parlement européen, à l’issue des dernières élections européennes de 2009, certains pensaient qu’il pouvait éventuellement devenir président de la Commission européenne.

Dans ce livre, Guy Verhofstadt nous donne une leçon d’économie politique face à la crise économique et financière que le monde traverse depuis plusieurs mois. Cette analyse est stimulante, car l’auteur propose un raisonnement volontariste sur la manière, non seulement de tirer des leçons de cette crise, mais surtout d’envisager les voies et les moyens pour qu’elle ne se reproduise plus avec les dégâts sociaux que l’on sait. Pour lui, aussi, la crise est systémique et non d’ordre conjoncturel. C’est une crise du crédit octroyé trop facilement pour pousser à une la consommation. Elle représente aussi un échec cuisant la méthode classique de la Réserve Fédérale (FED) et d’une certaine manière, une faillite du modèle américain de croissance. Cette conjonction des échecs a accéléré la pandémie financière accentuée elle-même par une forme de dictature du court terme et une permanente fuite en avant. C’est pour cet ensemble de raisons que l’heure de l’Europe sonne à nouveau, même si elle subit aussi les effets de la crise proportionnellement aux situations économiques et financière de ses Etats.

Plusieurs raisons paraissent justifier, pour l’auteur, son raisonnement autour d’un véritable retour de l’Europe et de son entreprise d’intégration entre des Etats et des peuples. L’Europe, malgré la crise, reste en meilleur état économique que d’autres parties du monde : « Le marché unifié européen compte plus de 490 millions de consommateurs dotés de capitaux importants. La classe moyenne y représente entre 70 et 75 % de la population. Le taux d'épargne moyen s'y élève à Il %, allant d'un pitoyable 2 % en Grande-Bre­tagne à Il % en Espagne, 14 % en l talle, 15 % en France et près de 17 % en Allemagne. Ces taux sont, bien entendu, inférieurs à ceux des marchés émergents, mais infiniment supérieurs au taux d'épargne américain, qui a fondu comme neige au soleil. L'endettement public y est également inférieur à celui des États-Unis,… » (p. 125) La norme européenne est plus efficace que le système normatif américain, y compris en terme de régulation. La zone euro est forte alors que beaucoup pensait qu’elle ne pourrait pas rivaliser avec le dollar. La régulation à l’européenne peut mieux s’adapter à la situation. Il est possible d’imaginer un Europlan, même s’il reste difficile de la concrétiser, dans la pratique.

L’Europe doit poursuivre dans la voie du développement durable : « Le changement le plus essentiel que doit amener l'Euro­plan est la transition qui nous fera passer de l'économie actuelle, fondée sur les énergies fossiles, vers une écono­mie affranchie des énergies fossiles, sobre en carbone. Cette transformation est urgente pour s'attaquer aux pro­blèmes complexes liés au changement climatique ainsi qu'au réchauffement de la planète. » (p. 178) De grands investissements doivent être faits dans les secteurs de nouvelles technologies de l’information et de la communication, dans l’écologie et sur les questions liées au vieillissement. Il est aussi possible d’imaginer un marché obligataire européen.

Mais pour arriver à ces nouveaux développements initiés par l’Europe, il faut transformer le fonctionnement de l’Union européenne avec des instruments qui dépassent la simple gouvernance, mais aller vers un gouvernement économique et social de l’Europe : « Pour toutes ces raisons, le moment est venu d'appliquer dans l'Union européenne, ou du moins dans la zone euro, une stratégie socio-économique et, partant, d'y installer un gouvernement socio-économique. L'une comme l'autre font actuellement défaut. » (p. 204).

Au fond, pour l’auteur, le moment de vérité est proche pour l’Union européenne, soit elle évolue vite vers ce qu’il suggère, soit elle va disparaître en tant que réalité politique d’importance. Il souhaite une fédération politique et persiste dans sa conviction de la nécessité de construire des Etats-Unis d’Europe. Mais réaliste, il imagine aussi un scénario de rechange : « Nous devons espérer de tout cœur que cette étape décisive vers une fédération politique soit franchie avec tous les États membres. Toutefois, si le projet devait échouer, il ne faudrait surtout pas hésiter. Nous aurions à mobiliser tous les pays de la zone euro et ceux qui sont sur le point de la rejoindre. Dans un tel scénario, l'Europe comporterait nécessairement deux cercles concentriques: un noyau politique, des «États-Unis d'Europe» ancrés sur la zone euro, entourés par une confédération d'États, une « Organisation des États européens ». Seule cette option serait envisageable, car l'Europe ne peut être prise plus longtemps en otage. L'Europe ne peut pas continuer à évoluer à la vitesse du poursuivant le plus lent. » (p. 218)

Compte tenu des ratés du moteur franco-allemand, l’auteur considère que la relance politique européenne ne peut venir que de l’Allemagne dont l’économie reste l’une des plus fortes et des plus dynamiques d’Europe. Evidemment le lecteur français ne peut-être qu’un peu déçu, voir triste que la France ait perdu en quelque sorte son leadership en Europe. Il est vrai qu’il n’est pas certain qu’elle se vive vraiment européenne. En effet, la récente présidence française de l’Union européenne, malgré le dynamisme du président Sarkozy a du mal à cacher qu’elle n’est plus à la pointe de la construction européenne. Est-ce que l’Allemagne est dans une meilleure disposition ? Ce n’est pas évident si on en croît de récents sondages sur le sentiment européen des allemands.

Ce livre est une stimulante démonstration que la politique a toujours du sens. Il entraîne la conviction que l’Europe unie est susceptible d’apporter au monde un véritable nouvel équilibre durable. Le laboratoire de l’intégration européenne a encore des ressources, pourquoi pas, pour sauver le monde, comme nous le propose Guy Verhofstadt.

Henri Oberdorff

Professeur de droit public à l’Université Pierre Mendès France de Grenoble

20 septembre 2009

 

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