L'européanisation d'Ouest en Est, François Bafoil et Timm Beichelt, L'Harmattan, Paris, 2008
Cet ouvrage est apparu suite à un séminaire de recherche conduit grâce au soutien du réseau de recherche CONNEX. Parmi les auteurs qui ont participé à son apparition sont Alfio Cerami (Centre européen Sciences Po), Amélie Kutter (Université libre de Berlin), Alexandra Nacu (CSU- Sciences Po), Romain Pasqieurs (CNRS Rennes), Catherine Perron (CERI Science Po), Nadège Ragaru (CNRS / CERI- Science Po), Yves Surel (Université Paris II),et Vera Trappmann (Université Iena).
La notion d’européanisation, qui est à la base d’un courant analytique important de la science politique, est centrale dans cet ouvrage. Qu’entend-on par l’« européanisation » ? S’agit-il d’une manière de qualifier l’influence déterminante de l’Union européenne sur ses Etats membres ? Cette notion, peut-elle être appliquée à l’examen des processus est-européen de la même façon qu’elle est à l’Ouest ?
Cet ouvrage contribue à poser un cadre théorique commun, d’Ouest en Est, pour l’analyse de la construction européenne, en mettant en évidence les processus identitaires, les réseaux d’acteurs et les contextes institutionnels à la base des différentes dynamiques d’adoption et d’adaptation des règles européennes par les pays est-européens. La pertinence de l’analyse des processus d’européanisation propres aux pays est-européens relève de quatre raisons [1]: d’abord, parce qu’elle permet d’unifier le champ théorique européen d’Ouest en Est, parce qu’elle donne une vision globale de recomposition de relation centre/ périphérie, parce qu’elle permet d’éviter l’assimilation fausse des processus ayant lieu dans les pays est-européens à la globalisation et la modernisation, elle met en évidence la différence de nature de la convergence des trajectoire est- et ouest-européens.
L’application de la notion d’européanisation à l’Est de l’Europe, aussi bien qu’à l’Ouest, pose des contraintes de définition. De la même façon que les observateurs du processus d’européanisation à l’Ouest dénoncent son assimilation au processus d’intégration européenne ou à celui de convergence, dans les pays d’Europe centrale et orientale, ce concept doit être distingué de la « transition » (référence à la courte période de sortie du communisme selon différentes modalités) et du « postcommunisme » (politique de transformation des droits de propriété, de privatisation, etc.). Il s’agit du processus de transposition des règles et des normes de l’Union européenne, l’« acquis communautaire », dans les pays membres de l’Union.
L’ouvrage permet mieux comprendre en quoi le processus d’européeanisation développé en Europe de l’Est se distingue de celui qui caractérise l’Europe de l’Ouest. Le poids des héritages historiques ne doit pas être sous-estimé pour l’analyse de ces processus dans les deux parties de l’Europe (Est/Ouest). Le poids de l’héritage des pays de l’Europe de l’Est – rapport particulier à la souveraineté, densité des construits institutionnels, etc., détermine l’ensemble du processus d’ajustement, dont l’une des caractéristiques principales est la conditionnalité politique, c’est-à-dire « la contrainte imposée aux pays candidats au prix du coût de l’ajustement en échange du gain de l’accession »[2], et donc l’asymétrie de la relation Est-Ouest.
La comparaison des situations ouest- et est-européennes permet de comprendre que ce n’est plus uniquement les politcies (champ traditionnel des études de l’Ouest) qui est concerné en étudiant le phénomène d’européanisation, mais aussi celui de polity et des politics. Le processus de transformation est examiné à travers plusieurs exemples concrets tirés du champ social, de l’examen des situations des minorités ou encore des stratégies municipales.
Cet ouvrage contribue également à la réflexion sur les frontières et l’identité européennes. L’intégration des nouveaux membres dans l’Union européenne en 2004 et en 2007, n’a pu se faire que grâce à la représentation d’une appartenance commune d’Ouest à l’Est à une même origine, porteuse d’une même identité. Ce fonds identitaire commun est à la base du processus d’européanisation, « librement consenti, au travers de nombreux conflits »[3].
Pour conclure, tous ces points évoqués et bien éclairés dans "L'européanisation d'Ouest en Est" en font un apport précieux pour le lecteur qui cherche à approfondir ses connaissances sur le processus d’européanisation aussi bien que pour celui dont le centre d’intérêt gravite autour de question de l’élargissement est de l’Union européenne.
Katsiaryna Zhuk


