Les banlieues de l’Europe. Les politiques de voisinage de l’Union européenne, Jacques Rupnik, Presses Science Po, Paris, 2007
Les banlieues de l’Europe, la périphérie de l’Union européenne, le voisinage proche de l’Union…Combien d’autres nominations pour désigner les pays ayant des frontières communes avec l’Union européenne à Vingt-sept ? Richesse de nominations, multiplicité et grande diversités des pays voisins, nombreuses options de relations de voisinage entre l’Union et sa périphérie – les pistes de réponses à toutes ces interrogations sont proposées dans l’ouvrage de Jacques Rupnik, spécialiste internationalement reconnu de l’Europe centrale et orientale et des Balkans, ancien conseiller du président tchèque Vaclav Havel, directeur de recherche au CERI et enseignant à Sciences Po Paris.
L’élargissement à l’Est, qui était son plus grand succès depuis la chute du mur de Berlin, a posé un nouveau défi à l’Union européenne, celui de la redéfinition de ses relations avec son voisinage proche. En effet, l’ancrage européen et la perspective de l’intégration dans l’Union européenne sont devenus un des principaux vecteurs de transformation de la périphérie immédiate de l’Union.
La question sur les frontières de l’Europe s’est de nouveau posée et cette fois, la réponse à cette interrogation est plus que jamais cruciale pour le destin de l’Union européenne. « Jamais le lien n’avait été aussi explicitement établi entre les frontières et le projet de l’Union»[1]. Faut-il tracer une frontière ultime ou, au contraire, convient-il plutôt de poursuivre l’élargissement aux nouveaux Etats ? Ne serait-il pas le temps de faire une pause dans l’extension des frontières de l’Union ? Sans offrir de perspective d’intégration, quel type d’influence l’Union européenne pourrait-elle exercer sur son voisinage proche ? Est-il possible de poursuivre le processus d’européanisation de sa périphérie sans voir en celle-ci une première étape vers l’intégration ?...
Quelle réponse l’Union européenne pourrait-elle apporter à toutes ses interrogations ? Cette réponse pourrait-elle être la même pour toute la périphérie de l’Union : le voisinage est avec la Biélorussie, la Moldavie et l’Ukraine, le voisinage sud avec les Balkans et la Turquie, les rapports avec la Méditerranée, les relations avec les pays du Caucase ? C’est dans ce contexte de recherche de formules de voisinage que la politique européenne de voisinage est apparue avec un double objectif : « partager les bénéfices de l’élargissement de 2004 avec les pays limitrophes en renforçant la stabilité, la sécurité et la prospérité des pays concernés dans des conditions distinctes de l’élargissement » et « d’empêcher l’apparition de nouvelles lignes de division entre l’Union européenne élargie et ses voisins et leur offrir une possibilité de participer à différentes activités de l’UE par l’accroissement de la coopération politique, sécuritaire et culturelle ».
La diversité des voisinages de l’Union européenne oblige à parler plutôt des politiques européennes de voisinage, celles-ci et leur réception sont analysées par le collectif des auteurs ayant contribué à l’ouvrage de Jacques Rupnik : Exther Barbé, Florent Parmentier, Silvia Serrano, Anne de Tinguy et Mario Zucconi. Leur éclairages sur contribue à mieux comprendre la géopolitique européenne de l’après-élargissement est de l’Union. Leur analyses permettent de saisir toute la complexité de la question des frontières de l’Union européenne ainsi que toute l’importance des enjeux, et apportent quelques pistes de réflexion sur les scénarios pour la future géographie politique de l’Europe.
Les contributions proposées dans cet ouvrage déclinent la liaison entre élargissement et la politique européenne de voisinage et en font un excellent apport pour l’analyse des rapports de l’Union européenne avec sa périphérie et, plus globalement, pour une meilleure compréhension de la logique de la politique extérieure de l’Union.
Katsiaryna ZHUK


