Les politiques culturelles européenne et belge
par Mireille Pongy, chercheure, ancien membre du CNRS, Laboratoire PACTE, Grenoble et Jean-Louis Génard, Directeur de l'Institut supérieur d'architecture de la Communauté française "La Cambre", chargé de cours à l'Université libre de Bruxelles et aux Facultés Universitaires Saint-Louis à Bruxelles
Compte rendu
La gestion de la diversité culturelle est au cœur des enjeux européens. Cette même problématique est très pertinente pour la Belgique où la politique culturelle est gérée par les Communautés, Flamande et Wallonne.
La place de la culture dans la construction européenne a toujours été extrêmement faible. Les fondements de l’Europe sont d’abord géopolitiques et économiques. La culture n’a jamais fait l’objet d’une politique autonome importante. Jusqu’à présent, la culture fait partie de la troisième catégorie de compétences de l’Union européenne, c’est-à-dire des compétences de l’Union d’appui et de complément aux Etats membres. La culture reste principalement aux mains de ces derniers.
La dimension culturelle est cependant présente dans d’autres politiques de l’Union européenne, en particulier dans la politique régionale, dans la politique de l’environnement, du tourisme, de la recherche, de l’emploi et de la formation.
Aujourd’hui, la dimension culturelle devient davantage présente dans les textes de l’Union. Depuis le traité de Maastricht (Art.128 spécifiquement dédié à la culture), on constate une émergence progressive de la culture dans les textes européens. Le traité de Lisbonne a repris l’article 128 et, outre cet article spécifique, a introduit d’autres passages sur la culture, notamment dans le préambule. Un autre texte européen important, l’Agenda européen de la culture, adopté par le Conseil en novembre 2007, développe, précise et renforce l’article 167 dédié, lui aussi, à la culture. L’année 2008 a été l’année de dialogue interculturel et avait pour le slogan général « Ensemble dans la diversité », autrement dit, l’idée était de renforcer le sentiment d’appartenance des Européens à l’Union.
On constate donc que la conception de la culture véhiculée par l’Union est celle de la diversité. La politique culturelle se centre de plus en plus sur le dialogue des cultures au niveau européen, plus que sur le soutien aux arts et patrimoines. Cette conception justifie l’action dont les finalités sont centrées sur les parties extérieures à la politique culturelle elle-même, plutôt que sur des objectifs propres au développement interne.
Un des enjeux essentiels pour l’Union européenne est le renforcement de la cohésion sociale et du développement du sentiment d’appartenance commune. La culture est sollicitée pour atteindre ces objectifs.
Parmi les facteurs déterminants de cette évolution on peut évoquer au niveau mondial, la convention de l’UNESCO sur la promotion et la protection de la diversité des expressions culturelles, signée en 2005 ; au niveau régional, le processus d’élargissement de l’Union européenne à l’Europe de l’Est qui a contribué à déplacer le centre de gravité culturelle européen ; la question identitaire, la question des minorités, la recherche de l’équilibre entre deux modèles – anglo-saxon et continental, etc.
En Belgique, le rapport à l’identité national est tout autre que celui en France. La situation culturelle en Belgique est telle qu’il est impossible, par exemple, d’imaginer l’existence du Ministère belge de l’identité nationale. La Belgique est un pays qui a connu une succession de crises politiques depuis presque quatre ans et vit depuis plus de six mois sans gouvernement, sans aucun espoir de réussir les négociations, avec une population qui fait le deuil de la Belgique…
La question qui se pose dans ce contexte est de savoir si l’Europe souffrirait de la disparition de la Belgique. Le problème qu’il faut soulever c’est que la Belgique est un des six membres fondateurs de la Communauté européenne. La disparition de cet Etat pourrait laisser la porte ouverte à la séparation des Basques, des Corses, des Bretons, des Catalans, etc. Pour que la scission de la Belgique se produise, il faut de la reconnaissance de la communauté internationale…
Pour parler de la culture en Belgique, il faut évoquer le dispositif institutionnel qui est extrêmement complexe de ce pays. La culture dépend presqu’exclusivement des Communautés. Il existe trois niveaux de pouvoirs en Belgique : fédéral, des communautés et régional (wallonne, flamande et bruxelloise). Le niveau fédéral comporte les compétences régaliennes et quelques compétences culturelles tandis que l’essentiel des compétences en domaine de la culture sont transférées vers les trois Communautés - flamande, francophone et germanophone – qui gèrent ce qu’on appelle en Belgique des matières « personnalisables », c’est-à-dire la culture, l’enseignement, le sport, la prévention en matière de la santé, etc.
Depuis de la communautarisation dans les années 1960-1970, les politiques culturelles ont pu se développer d’une manière « insularisée » en Belgique ce qui a permis à ce pays de développer des politiques culturelles extrêmement originales et dont l’originalité est reconnue au niveau européen, notamment pour leur conception très extensive ( à la différence de la France, par exemple) de la culture qui comprend les beaux-arts, mais aussi tous les mouvements associatifs, etc. La culture est ainsi pensée d’une manière englobante.
Quant à Bruxelles, il y a deux politiques culturelles qui s’affrontent, l’une francophone et l’autre néerlandophone. Les Communautés mènent des politiques de présence importantes à travers leurs institutions respectives. Il y a deux réseaux d’enseignement qui ne se parlent pas. Par ailleurs, Bruxelles c’est aussi une ville avec plus de la moitié de la population étrangère… Il y a une lutte pour le primo arrivants pour les intégrer dans ces deux réseaux d’enseignement en compétition. Actuellement, Bruxelles développe une politique d’attractivité et se positionner comme la capitale de l’Europe. Selon les sondages, les indices d’identification des Bruxellois à leur ville sont à la hauteur. Il y a des projets culturels qui cherchent à transgresser les barrières des langues et institutionnels. Bruxelles a été la capitale culturelle en 2000.
En Belgique, les revendications flamandes ont été historiquement liées à la culture. Ce qu’ils ont initialement réclamé au niveau institutionnel c’est la communauté, c’est-à-dire l’autonomie de la gestion de la culture, de l’usage de la langue, etc.
La Belgique est un pays « consessioniste » ou « pilarisé ». Les piliers sont des mondes au sein desquels s’opèrent la socialisation et le suivi de la carrière des personnes. La Belgique a délégué toute une série de services publics importants à ces piliers. Le pilier le plus important est le pilier catholique. Il y a donc le réseau d’enseignement catholique, le réseau d’hôpitaux catholique, des mutuelles catholiques…Un autre pilier important est le pilier socialiste, etc. Chacun de ces piliers a des associations culturelles qui lui sont associées : par exemple, le mouvement ouvrier chrétien, association des femmes chrétienne, etc.
La formation des piliers s’est accompagnée de l’apparition du Pacte culturel. Il s’agit d’un règle qui date des années 1970 qui fait qu’en matière culturelle, dans les institutions généraliste (Maisons de la culture, par exemple), le conseil d’administration doit obéir à une répartition des charges des administrateurs conformément au Pacte culturel, selon leur appartenance aux piliers.
Réalisé par Katsiaryna Zhuk le 24 novembre 2010


