L’Autriche et l’Union européenne, quinze ans après
Fiche Pays
Langues officielles: Allemand (national), hongrois (régional), slovène (régional), croate (régional)
Capital: Vienne
Forme de l’Etat: République fédérale
Président: Heinz Fischer
Superficie: 83871km2
Population: 8376761 hab
Monnaie: euro
Zoom dans l’histoire
L'adhésion de l'Autriche, de la Finlande et de la Suède à l'Union européenne
Les négociations d’adhésion à l'Union européenne s’ouvrent le 1er février 1993. Les pays candidats doivent accepter l’acquis communautaire et les dispositions du traité sur l’Union européenne. Mais ils demandent des dérogations, ce qui rend les négociations difficiles pour certains domaines, notamment l'agriculture, les aides régionales, la participation au budget communautaire et la fixation des quotas de pêche. Du côté des Douze, plusieurs pays veulent conclure rapidement. C'est surtout le cas de l’Allemagne, intéressée par l’élargissement de l’Union européenne vers l’Autriche, et de la Grande-Bretagne et du Danemark qui sont davantage tournés vers les pays nordiques et scandinaves. D’où des concessions de dernière minute sur les aides communautaires, sur les subventions agricoles et sur la pêche.
Mais une crise se produit en ce qui concerne les institutions de l'Union européenne. Avec l’arrivée des nouveaux États membres, le nombre de voix au Conseil augmente et donc aussi la minorité de blocage. Or, la Grande-Bretagne s’oppose à l’augmentation de cette minorité de blocage pour affaiblir le processus de décision à la majorité qualifiée en rendant celle-ci plus difficile à réunir. L’Espagne adopte la même position par crainte de voir les pays du Nord dominer l’Union au détriment de ceux du Sud. Mais la Commission européenne, le Parlement européen, la France et les trois pays du Benelux dénoncent aussitôt les risques de paralysie. Les discussions qui s'ensuivent sont acharnées. Finalement, un compromis complexe sur le processus décisionnel au Conseil est adopté le 29 mars 1994 à Ioannina. Il s’agit d’une décision du Conseil qui est prise en marge du traité pour éviter d’avoir à procéder à de nouvelles ratifications.[…]
Reste enfin à obtenir les ratifications nationales. Elles sont acquises sans problème par la voie parlementaire chez les Douze. Mais pour les pays candidats, c’est la voie référendaire qui est adoptée. L’Autriche est la première à se prononcer dès le 12 juin, avant même la signature du traité d'adhésion, avec une très forte majorité: 66,6 % de «oui» avec une participation de 82,3 % des électeurs inscrits. […]
Les institutions de l’Union européenne sont alors modifiées pour accueillir les trois nouveaux membres. Chacun d’entre eux aura un commissaire. Au Parlement européen, la Suède aura 22 députés, l’Autriche 21 et la Finlande 16. Au Conseil des ministres, l’Autriche et la Suède auront 4 voix chacune et la Finlande 3. Le 1er janvier 1995, l’Union européenne passe donc de douze à quinze États membres. Ce sont les Quinze qui vont se charger de la mise en œuvre du traité sur l'Union européenne entré en vigueur le 1er novembre 1993. Source : http://www.ena.lu/
Point d’actualité
Chef de l'extrême droite autrichienne, Heinz-Christian Strache séduit un jeune sur cinq
pour Le Monde.fr | 12.10.10 | 10h41 • Mis à jour le 14.10.10 | 14h00
Il a des yeux azur, un sourire impeccable, une silhouette musclée dans les salles de sport. Il joue de son allure juvénile pour convaincre les électeurs que l'actuel maire de Vienne, Michael Häupl, un sexagénaire grisonnant qui assume son goût de la bonne chère, n'est plus capable de diriger la capitale. Mais Heinz-Christian Strache, 41 ans, chef de la principale force de l'extrême droite autrichienne, le Parti de la liberté (FPÖ), est-il vraiment le candidat idéal des jeunes ?
Sa spectaculaire percée, dimanche 10 octobre, lors des élections municipale et régionale à Vienne (seule ville d'Autriche à avoir aussi le statut d'un Land), en fait le grand gagnant d'un scrutin suivi de près par tous les courants d'extrême droite en Europe.
Avec 27 % des suffrages (+12 points), dans une ville de 1,6 million d'habitants, le FPÖ a conquis la deuxième place derrière le parti social-démocratie SPÖ, 44,3 %, loin devant les démocrates chrétiens de l'ÖVP, tombés à un taux historiquement bas de 13,3 %, et les Verts, que leurs divisions étalées sur la place publique ont tassé à 12,2 %.
Ces résultats peuvent encore être corrigés de façon marginale par les quelque 160 000 votes par correspondance, qui devraient éroder un peu le triomphe de l'extrême droite, sans remettre en cause le nouvel équilibre à la Diète régionale.
EGALER SON ANCIEN MODÈLE : JÖRG HAIDER
Celui qui se fait appeler "HC", version plus percutante de son prénom, et qui hante volontiers les discothèques pour conquérir un électorat adolescent, a atteint l'objectif qu'il s'était fixé avant la "mère de toutes les batailles" à Vienne : recueillir au moins 25 % des voix, et casser la majorité absolue, en sièges, que détenait depuis une décennie le SPÖ de Michael Häupl. Il démontre ainsi qu'il peut égaler son ancien modèle puis rival, le défunt Jörg Haider – celui-ci avait donné jusqu'à 27,9 % des voix au FPÖ à Vienne, en 1996 –, alors que nombre de politiciens conservateurs le jugeaient moins habile, moins éloquent et moins instruit, Strache ayant une formation de technicien dentaire quand Haider était juriste.
Comme ce dernier, jusqu'en 2005 (date à laquelle il a quitté le FPÖ pour fonder un parti plus modéré, le BZÖ), le chef de la droite populiste autrichienne n'hésite pas à s'entourer de jeunes militants issus des Burschenschaften, les organisations étudiantes de tradition "nationale-allemande", fermées aux femmes, qui perpétuent les duels au sabre. Certains, tel le numéro deux sur la liste du FPÖ à Vienne, Johann Gudenus, emploient un vocabulaire raciste digne des années 1930.
Ce n'est pourtant pas avec des références au IIIe Reich que l'actuel chef du FPÖ – auquel on ne peut reprocher aucun dérapage verbal de ce genre, à la différence de Haider, dont les parents étaient des nazis convaincus – a séduit le quart de l'électorat viennois en 2010. Mais avec une rhétorique anti-islam qui a fait ses preuves dans d'autres pays européens.
Comme il y a deux ans, quand il avait manifesté dans la rue, croix en main, contre l'agrandissement d'un centre islamique à Vienne (au risque de susciter le courroux de la hiérarchie catholique), Heinz-Christian Strache a concentré l'essentiel de ses attaques contre le SPÖ sur l'échec, selon lui, de l'intégration des immigrés musulmans d'origine turque. "Nous protégeons les femmes libres – le SPÖ défend le foulard islamique", était l'un des multiples slogans déclinant, sur des affiches ou des annonces insérées dans la presse populaire, la thématique du "SPÖ, parti islamiste".
UNE BANDE-DESSINÉE DANS TOUS LES FOYERS
Le fait que celui-ci, pour la première fois, admette sur ses listes une jeune candidate portant le foulard, a été vertement critiqué par le FPÖ, tout comme la décision d'introduire de façon ponctuelle, dans certaines écoles de la capitale à forte composante étrangère, des cours dispensés en turc, en dari (persan moderne) ou en pashtou : le pashtou n'était-il pas, soulignait la propagande de l'extrême droite, "la langue officielle en Afghanistan sous le gouvernement des talibans" ?
Reprenant une méthode qui lui avait réussi en 2008, lorsque les Autrichiens ont pu voter dès 16 ans, le FPÖ a envoyé à tous les foyers une bande dessinée montrant le combat de "Super-Strache" (le bleu, la couleur fétiche de Superman, est aussi celle du parti d'extrême droite) contre les méchants islamistes. Mais cette fois, les résultats ont été plus mitigés, selon les analyses de vote révélées par Christoph Hofinger, directeur de l'institut SORA, au cours d'un chat sur Internet, lundi, avec les lecteurs du quotidien libéral Der Standard.
Si le FPÖ a obtenu 45 % des voix parmi les travailleurs adultes, il n'arrive qu'à 20 % dans la catégorie des 16 à 20 ans qui votaient pour la première fois, dimanche. En revanche, ces nouveaux électeurs viennois ont choisi à 46 % les sociaux-démocrates, et à 21 % les Verts, qui obtiennent 30 % parmi les lycéens et les étudiants, derrière le SPÖ. Ce sont surtout les jeunes hommes peu qualifiés, ou les élèves des filières techniques, qui se reconnaissent en Strache.
Les électeurs d'origine étrangère – un tiers de l'électorat viennois – préfèrent également le SPÖ, sauf dans le segment originaire de l'ex-Yougoslavie, notamment les Serbes, sensibles à la propagande anti-islam et anti-Kosovo. Pour adresser un signe de connivence à cet électorat encore plus nombreux à Vienne que les immigrés turcs, Strache arbore un bracelet de couleur bleue orné de la croix orthodoxe serbe. Mais sa natalité plus élevée ne peut que renforcer, à terme, la communauté venue de Turquie. Et celle-ci vote, à 80 %, social-démocrate.
Source : http://abonnes.lemonde.fr/europe/article/2010/10/12/chef-de-l-extreme-droite-autrichienne-heinz-christian-strache-seduit-un-jeune-sur-cinq_1424284_3214.html


