L’Europe et le pluralisme linguistique
Par Pierre Frath, Linguiste, Professeur des universités, spécialiste du plurilinguisme
Compte rendu
Tout d’abord, il est important de s’arrêter sur la distinction entre les notions de multilinguisme et de plurilinguisme. Le multilinguisme concerne une zone géographique. On peut, par exemple, dire la que France est un pays multilingue. Le plurilinguisme concerne essentiellement les gens. La personne est plurilingue lorsqu’elle parle plusieurs langues.
La politique des langues de l’Europe.
Dans le domaine des langues, il faut distinguer deux acteurs principaux au niveau européen : le Conseil de l’Europe et l’Union européenne.
L’action du Conseil de l’Europe en matière des langues est déjà une très longue histoire relativement bénéfique pour les langues en Europe. D’abord, le Conseil de l’Europe a eu une action en direction des administrations des Etats et de leur corps enseignants. Il a encouragé la coopération internationale et initié la création de l’Association internationale des langues. Il a initié la spécification de ce qu’on appelle le « niveau seuil » d’abord pour l’anglais, ensuite pour d’autres langues (pour avoir plus d’information sur le « niveau seuil », veuillez consulter le site de Pierre Frath : http://www.res-per-nomen.org). De 1981 à 1988, une approche dite notionnelle-fonctionnelle a été développée. A partir des années 1990 jusqu’à présent, une « perspective actionnelle » s’est développée. Elle est aujourd’hui considérée comme le meilleur moyen pour apprendre des langues. Cette approche repose sur l’idée de faire faire des tâches aux élèves en fonction de leur besoins d’apprendre des langues.
Une autre contribution importante du Conseil de l’Europe dans la politique des langues en Europe est le Cadre européen de référence pour des langues (CERL). Ce cadre est un référentiel qu’il faut connaître pour pratiquer une langue. On distingue six niveaux de langues, de débutant à la perfection. On distingue également cinq compétences : comprendre, lire, parler (prendre part à une conversation), faire une présentation orale en continu et lire. Le CERL est un outil très important pour l’évaluation du niveau des langues (pour avoir plus d’information, veuillez consulter le site de Pierre Frath : http://www.res-per-nomen.org).
Un autre élément important de l’action du Conseil de l’Europe est le Portfolio européen des langues. Le Portfolio est constitué de trois parties : le passeport des langues (qui permet de valoriser les langues apprises par les élèves) ; le passeport de langues Europass (une version électronique du Passeport de Langues standard pour adultes) ; une Biographie langagière détaillée englobant toutes les expériences faites dans les diverses langues.
De leur côté, la Commission européenne d’abord, l’Union européenne ensuite, a été très active pour mettre en place des projets comme Comenius, Erasmus, Leonardo, Grundwick, Lingua, etc.
Une action politique et les prises de position en faveur du multilinguisme ont été extrêmement nombreuses de la part de l’Union européenne. Déjà en 1951, on avait dit que l’école devait développer l’étude des langues et l’histoire des civilisations des Etats membres des traités communautaires. De nombreuses déclarations et publications humanistes ont vu le jour dans cette matière. Cependant, des critiques sont apparues sur l’apport de ces politiques et de ces publications Par exemple, le Portfolio européen des langues a été perçu comme un instrument de contrôle social (pour avoir plus d’information, veuillez consulter le site de Pierre Frath : http://www.res-per-nomen.org).
La situation actuelle dans les pays de l’Union européenne
L’Union européenne a contribué à l’amélioration des méthodes, la formation des professeurs et des enseignants, le développement de l’innovation, la meilleure prise de conscience de la différence, etc. Il est en revanche très regrettable que le choix des langues offertes ait considérablement diminué. Autrefois, l’élève avait le choix entre une dizaine de langues, aujourd’hui, 3 à 4 sont proposées. Il faut également souligner la diminution des recrutements dans l’enseignement des langues et le développement du « tout anglais ». Cette uniformisation anglophone présente de multiples risques sont multiples : une dévalorisation d’autres langues que l’anglais ; la disparition des langues locales ; une moindre connaissance des autres ; la dégradation du niveau de l’anglais enseigné dans les institutions scolaires et universitaires. Parmi les causes de la domination de l’anglais, on peut mentionner, dans le public en général, l’inconscience à l’égard des enjeux au niveau politique, médiatique. On peut également relever le manque de courage politique des grands pays fondateurs de l’Union européenne pour imposer leurs langues. (Pour avoir plus d’information sur les évolutions négatives récentes, veuillez consulter le site de Pierre Frath : http://www.res-per-nomen.org.)
Prévisions pour l’avenir
On peut malheureusement prévoir, à partir de maintenant, le développement du forme de socle d’enseignement d’un minimum vital exclusivement en anglais. La disparition de l’enseignement de nombreuses langues est quasiment programme.
Quelques suggestions
Il faudrait revoir au niveau des institutions et au niveau des citoyens la part d’autres langues que l’anglais. Il faudrait aussi plus de traductions en d’autres langues sur les sites des institutions européennes. Pourquoi ne pas imaginer trois langues de travail pour les institutions européennes : une langue latine, une langue germanique et une langue slave? Ceci pourrait être également appliqué au système éducatif. Il faudrait également trouver les moyens nécessaires pour valoriser les langues et les cultures régionales.
Réalisé par Katsiaryna Zhuk le 19 décembre 2011.


