L’Union face à la crise de la zone euro
par Alain Laurent, Maître de conférences de sciences économiques à l'Université Pierre Mendes France
Compte rendu
Sous la menace de la contagion de la crise grecque, les Etats membres de l’Union européenne ont créé un certain nombre de mécanismes de solidarité financière. Le Conseil européen du 21 juillet 2011 réforme le Fond européen de solidarité financière. De fait, le défaut partiel de la Grèce est aussi organisé. Ces décisions renforcent la pression qui existait déjà sur d’autres pays fragiles de la zone euro, comme l’Espagne et l’Italie.
La défiance des investisseurs a des effets concomitants. C’est, d’abord, la diminution de la valeur des titres détenus par les intermédiaires financiers qui subissent des pertes, au moins, partielles. Les banques qui donc détiennent des titres grecs, se retrouvent aujourd’hui en difficulté, d’où la volonté de les recapitaliser. De surcroît, les banques ont des problèmes de liquidité et de refinancement. La Banque centrale européenne (BCE) est intervenue pour mettre en place les mécanismes d’alimentation des banques en difficulté. Le secteur bancaire est donc très fragilisé. La deuxième conséquence concerne les Etats dont la solvabilité est remise en doute, pour pouvoir se refinancer. Ils doivent accepter des taux d’intérêt prohibitifs. La réaction européenne envers ces Etats est de les isoler des marchés financiers, c’est-à-dire créer des mécanismes permettant se refinancer sans passer par les marchés. La BCE achète, par exemple, directement les titres italiens et espagnols pour faire baisser la pression et réduire les taux d’intérêt.
Cette crise n’est pas proprement une crise de la zone euro, mais une crise de la dette publique. Elle est une crise bancaire. Si elle « se tournait mal », le système financier n’y survivrait pas, ni d’ailleurs la zone euro.
Les origines de la crise
Avant même la crise de 2007-2008, la situation financière de beaucoup de pays était déjà dégradée. La crise financière a eu des effets directs sur les finances publiques suite à la recapitalisation massive des banques par les Etats et aux garanties apportées par les Etats sur les dettes bancaires. La récession, engendrée par la crise financière, a, elle aussi, aggravé la situation des finances publiques. La crise de la dette publique a eu une intensité différente sur chaque pays. La crise a provoqué l’éclatement de la bulle immobilière et la fin de l’expansion des activités financières. Les racines du problème grec, par exemple, tiennent à une réévaluation brutale des comptes publics, à l’importance de l’économie parallèle, aux carences de l’administration fiscale, etc. La crise des finances publiques n’est pas propre à la zone euro. Elle touche beaucoup d’autres pays : les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, etc. En deux ans, les indices de dette publique se sont accrus de 10 à 20 points.
L’appartenance à la zone euro constitue en quelque sorte un handicap. Les pays, en manque de compétitivité comme l’Italie, la Grèce, le Portugal, sont en quelque sorte coincés par l’appartenance à la monnaie unique dans la mesure où ils ne peuvent pas dévaluer. Ces pays fragilisés ont subi l’effet de contagion de la crise.
La défiance financière se traduit pas des taux d’intérêt qui s’envolent. Dans ce contexte, le refinancement des Etats devient prohibitif et les coûts de refinancement proposés sur les marchés sont extrêmement élevés.
La crise souveraine s’est propagée en une crise bancaire. Les banques subissent une perte de la valeur de leurs actifs. On peut craindre qu’elles soient précipitées à leur tour dans l’insolvabilité, d’où la dégringolade des courbes des actions bancaires depuis le début de l’été 2011. On est en situation d’une extrême fragilisation des banques. Un plan de recapitalisation est nécessaire pour rétablir la confiance, même plus que pour sauver les banques.
Les mesures mises en place par les Etats
En réaction à la dégradation de la situation, une série de mesures a été prise par les Etats à partir de printemps 2010. Malheureusement, jusqu’à présent ces mesures n’ont pas réussi à convaincre les marchés de leur efficacité. Le premier plan d’aide à la Grèce date de mai 2010. C’est un plan de prêts bilatéraux. Assez rapidement, on va mettre en place une aide multilatérale conjointement avec le FMI dans un organisme qui s’appelle le Fond européen de stabilité financière. Le mécanisme d’assistance est d’abord une capacité d’emprunt de 60 milliards d’euros. Le Fond européen de stabilité financière (FESF) proprement dit est doté de 440 milliards d’euros. Le FESF emprunte sur les marchés pour prêter à nouveau aux Etats en difficulté à des taux inférieurs à ceux des marchés financiers. Il emprunte avec la garantie des Etats membres. 60 milliards viennent donc de la capacité d’emprunt de la Commission, 440 milliards de la capacité d’intervention du FESF et 250 milliards apportés potentiellement par le FMI. La solidarité financière a été activée pour la Grèce dès mai 2010, pour l’Irlande dès février 2011, pour le Portugal dès juin 2011. Les prêts accordés par le FESF sont donc des prêts à des taux préférentiels, mais qui restent conditionnels à un assainissement des finances publiques relativement drastiques.
Le FEST a évolué. Sa dernière évolution est absolument majeure. Le Conseil européen de 21 juillet 2011 a décidé de l’extension des prérogatives du FESF. Ce dernier pourra dorénavant prêter à titre préventif. Il aura également la possibilité de participer à la recapitalisation du secteur bancaire. Il pourra également garantir les titres des Etats qui bénéficient des programmes d’assistance du FESF. Spécifiquement pour la Grèce, il a été prévu un allongement des prêts accordés, une nouvelle réduction des taux d’intérêt et l’engagement du secteur bancaire. Si toutes ces dispositions sont mises en œuvre, il s’agira d’une vraie avancée en termes de solidarité financière européenne. On pourra parler d’un vrai fédéralisme budgétaire.
En complément de cette action menée par les Etats membres, la BCE a joué un rôle extrêmement important en prêtant de façon illimitée des liquidités aux banques nationales en difficulté sans réserve. Elle a également lancé en mai 2010 un programme d’achat de titres de la dette souveraine. Cette mesure a créé des dissensions importantes et des démissions au sein de l’institution.
Les Etats membres, quant à eux, ont fait une réforme de la gouvernance économique européenne dont l’idée essentielle est de renforcer la surveillance macroéconomique de façon à éviter des trajectoires trop divergentes qui sont des handicaps profonds lorsque les temps sont difficiles comme le ralentissement de la croissance ou la décroissance. Un autre mécanisme est le Pacte de stabilité et de croissance qui prendra davantage en compte l’état de la dette publique. Pour l’instant, il est encore difficile de dire si ces mécanismes seront efficaces sur l’état des dépenses publiques.
Les scénarios de sortie de la crise
On peut se demander ici pourquoi les Etats membres ont tenu à bout de bras les membres de la zone euro défaillants.
Le plan d’austérité imposé à la Grèce n’est pas crédible. Il a lui été proposé de réduire de façon très forte son déficit public sur un temps très court. Ces mesures d’austérité extrêmement violentes peuvent, au contraire, empêcher tout assainissement budgétaire et même aggraver la crise budgétaire. La meilleure solution semble être l’organisation d’un défaut partiel de la Grèce. C’est justement ce que les Européens ont commencé à faire à travers les mécanismes déjà décrits.
A l’encontre de l’opinion publique de la plupart des Etats membres, ces derniers ont tenu jusqu’à présent à bout de bras la Grèce. Pourquoi ? Un défaut d’un des Etats membres est très coûteux pour l’Etat qui fait défaut, mais aussi pour les autres membres. Si la valeur des titres publics s’effondre, on peut craindre l’implosion du système financière européen. Etant donné l’internationalisation de la finance aujourd’hui, si le système européen est touché, tout le système financier mondial sera incontestablement touché.
Réalisé par Katsiaryna Zhuk le 20 octobre 2011.


